Un ancien studio d'enregistrement pour musiques de film, au 3ᵉ étage d'un immeuble haussmannien de Montmartre. Six mois pour tout déposer — isolation phonique, caissons acoustiques — et livrer un appartement vert anglais et cannage, avec carte blanche du client.
Au troisième étage d'un immeuble haussmannien de Montmartre, cet appartement d'une soixantaine de mètres carrés a eu une vie d'avant : c'était un studio d'enregistrement pour musiques de film. Isolation phonique au sol, aux murs, au plafond, caissons acoustiques dans les angles. Six mois de chantier pour lui rendre une vie d'appartement — notre projet le plus long, et l'un de ceux dont on est le plus fier.
Le client nous connaissait par un précédent chantier de confiance : un appartement de 65 m² rénové dans le centre de Paris. Son brief tenait en deux mots — carte blanche, avec un budget raisonnable. Le chantier dont rêve tout artisan, et une vraie responsabilité : quand on vous confie tout, chaque choix vous engage.
📷 Galerie — Avant : l'ancienne cuisine et les vestiges du studio (20211102_114828, _114832, 20220207_214246)
Chapitre I — Déshabiller le studio, et récupérer chaque angle mort
Première phase : tout déposer. L'isolation phonique d'un studio d'enregistrement, ce n'est pas trois plaques de liège — c'est un habillage complet, du sol au plafond, qu'il a fallu retirer pièce par pièce avant de reconstruire les supports.
Ce grand déshabillage a révélé la vraie surface. On a supprimé la niche de l'ancien tableau électrique et quatre caissons acoustiques « anti-retour de son » hérités du studio, qui mangeaient les angles du séjour. L'un d'eux, une fois ouvert, a même offert assez de volume pour créer un petit dressing. Autant d'angles morts rendus à la vie de l'appartement.
Chapitre II — La cuisine : de médiocre à haut de gamme
Le point de départ était une cuisine étriquée et peu fonctionnelle. Premier geste : supprimer la porte, pour gagner de l'espace et donner de la profondeur à l'appartement dès l'entrée. Ensuite, une vraie cuisine : rangements bas et hauts sur toute la longueur, plan de travail bois, crédence carrelée verte posée en chevrons, et des façades en cannage assorties au plan et à la crédence.
« On est partis d'une cuisine très médiocre. On a livré une cuisine haut de gamme. »
— Vongsavanh Chanthavong, artisan fondateur
La partie invisible a été la plus délicate : la plomberie mélangeait des réseaux cuivre et étain qu'il a fallu marier proprement avant de refermer quoi que ce soit. C'est le genre de journée qui ne se voit sur aucune photo — et qui décide de la fiabilité de la cuisine pour vingt ans.
📷 Galerie — La cuisine, du montage du cannage à la crédence en chevrons (20220222_221149–221226, 20220304_202456, 20220428_194515–194549)
Chapitre III — Vert anglais au salon, noir dans la chambre
Toutes les pièces ont été pensées couleur et matière. Le séjour, agrandi des angles récupérés, est devenu un grand salon à vivre en vert anglais, organisé en coins : un coin musique avec sa bibliothèque de vinyles, un canapé vintage, un coin salle à manger autour d'une table ronde, un coin télé. Un mélange moderne × vintage porté par un client qui a énormément de goût — c'est d'ailleurs son coin préféré de l'appartement.
La chambre assume le parti inverse : des murs sombres, presque noirs — un choix du client, artiste — avec des rangements créés au-dessus du lit. Sur le papier, une chambre noire inquiète. Habitée, elle enveloppe.
📷 Galerie — Le séjour vert anglais et ses coins (20220428_194803–202349)
📷 Galerie — La chambre noire (20220428_194836–194908)
📷 Galerie — L'entrée et le couloir filant vers le salon (20220428_194600–194658)
6 mois 4 ~800 €/m² De la dépose de l'isolation phonique aux dernières finitions Caissons acoustiques supprimés, autant d'angles rendus au séjour Budget travaux de l'époque, carte blanche comprise
📷 Galerie — Salle de bain & WC (20220428_194927, _194711–194734, _202235–202247)
📷 Galerie — La terrasse (20220428_195004–195022)
Avec le recul — Ce qu'on referait autrement
Le parquet massif a été posé sur son isolant en s'adaptant à chaque courbure du sol ancien — un travail d'ajustement permanent. Aujourd'hui, on procède autrement : une sous-couche en liège, matière naturelle et excellente isolation phonique pour les voisins, puis le parquet massif collé dessus. C'est la méthode qu'on a appliquée depuis sur un chantier à Montparnasse. Dire ce qu'on referait différemment fait partie du métier : c'est comme ça qu'un chantier améliore le suivant.